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Comprendre, ressentir… et se rencontrer autrement
Dans mon cabinet, je n’oppose pas comprendre et ressentir. Je travaille à les relier.
Car bien souvent, ce qui fait souffrance, ce n’est pas seulement ce qui est vécu…
C’est aussi le manque de repères pour le comprendre. Et inversement, comprendre sans ressentir ne transforme pas vraiment.
C’est dans cet espace que les bandes dessinées trouvent leur place.
Il arrive que les mots ne suffisent pas.
Que quelque chose reste flou, confus, difficile à saisir.
Je propose parfois de regarder ensemble une BD.
Avec des ouvrages comme Goupil ou face, La Différence Invisible ou Couleur Asperger, des fonctionnements internes deviennent visibles, des mots, des expressions du visages et des postures rendent explicites certains ressentis.
Et je peux alors accompagner : Qu’est-ce que vous remarquez en vous, là, maintenant ? Qu’est-ce que ça vient toucher ? La compréhension ne reste pas extérieure. Elle devient une expérience…
La BD agit comme un médiateur subtil. Elle permet de voir…et en même temps de se voir.
Avec Goupil ou Face, par exemple, les variations d’états internes prennent forme.
Ce qui semblait chaotique devient lisible. Ce qui paraissait incompréhensible devient reconnaissable.
Et souvent, un apaisement apparaît :
« Ah… c’est donc ça qui se passe en moi me dit Paul »
« Cela me fait du bien de voir que je ne suis pas seule à vivre comme cela me dit Alice en lisant La Différence Invisible »
Cette forme de psychoéducation est vivante. Elle ne plaque pas un savoir. Elle émerge dans l’expérience.
Il en va de même pour les des sujets qui touchent à l’intime, à la sexualité.
Avec Impénétrable, le rapport au corps, aux limites, à l’intimité, à la honte peut être approché autrement.
Marie ne sait pas très bien comment me parler de son trouble sexuel le vaginisme, « Avez-vous lu la Bd Impénétrable me demande-t-elle » Elle est soulagée de voir que je l’ai dans mon cabinet et plusieurs fois nous en ferons référence lors des séances…
Une image peut suffire à faire émerger une sensation, une émotion, parfois une prise de conscience. C’est à partir de là que le travail thérapeutique se déploie.
La BD permet de comprendre sans se sentir directement exposé.
Dans Chère Maman, les dynamiques relationnelles apparaissent dans une histoire.
Cela crée une sécurité. Et dans cette sécurité, la conscience peut s’élargir.
« Luce me partage sa lecture de la BD Chère Maman, je peux comprendre ce que ma mère m’a fait subir sans avoir à me confronter à elle. Je n’ai pas besoin de me plonger dans mes souvenirs douloureux »
La BD permet souvent de sortir de l’incompréhension, du jugement ou de la culpabilité.
La BD devient alors un support de lien.
Elle aide à dire : « Voilà ce que je vis « ou « Voilà ce que l’autre peut ressentir »
« J’ai offert Goupil ou face à mes frères et sœurs et à ma meilleure amie pour qu’ils comprennent ce qu’est la bipolarité me dit Sylvie avec un grand sourire. Et cela nous a permis de bons échanges. Je me sens mieux comprise »
La personne ne subit plus seulement ce qu’elle vit. Elle commence à le reconnaître, à le comprendre, à le sentir. Dans cette conscience élargie, de nouveaux ajustements deviennent possibles. C’est là que la transformation se joue.
Quand les BDs s’invitent dans mon cabinet, il ne s’agit pas d’un outil en plus. Il s’agit d’une autre manière d’entrer en contact et de prendre soin.
Bénédicte de Noray
